Plateformes d'IA urbaines

La ville intelligente a besoin d'un système d'exploitation thermique

Photo de Nguyễn Duy Hưng (@hungnguyenvn) sur Unsplash

Une période de chaleur prolongée peut faire augmenter la demande d'électricité, déformer la surface des routes, affecter les réseaux ferroviaires, accroître la pression sur les hôpitaux et rendre certaines parties de l'espace public difficiles à utiliser. Les arbres, les revêtements et les bâtiments réagissent différemment à la température. Certains quartiers restent relativement confortables tandis que d'autres deviennent des pièges à chaleur.

Les villes recueillent déjà une grande partie des informations nécessaires pour comprendre ces différences. La difficulté réside dans le fait de les relier assez rapidement pour influencer ce que la ville fait réellement. Les programmes de villes intelligentes ont passé des années à installer des capteurs, à numériser les infrastructures et à construire des plates-formes de données. Les canicules constituent un test pratique pour savoir si ces systèmes peuvent dépasser la simple surveillance et soutenir la gestion urbaine quotidienne.

Une prévision météorologique est trop générale

Une ville peut savoir qu'il fera chaud demain sans savoir où la pression opérationnelle apparaîtra. La température urbaine varie considérablement sur de courtes distances.

Une rue résidentielle ombragée peut rester plusieurs degrés plus fraîche qu'une place exposée. L'asphalte, le béton, les toits sombres et la densité des bâtiments absorbent et retiennent la chaleur. Les parcs et les arbres matures réduisent les températures locales. La circulation génère de la chaleur supplémentaire, tandis que les bâtiments en rejettent par le biais des systèmes de climatisation. Les stations météorologiques traditionnelles ne peuvent pas capturer ce niveau de variation. Les villes ont de plus accès à des informations plus granulaires provenant de capteurs environnementaux, de données satellitaires, de véhicules connectés, de systèmes de bâtiments et de réseaux électriques. Lorsque ces ensembles de données sont combinés, les autorités peuvent commencer à percevoir la chaleur comme une condition urbaine dynamique plutôt que comme une température unique à l'échelle de la ville.

La chaleur affecte les systèmes simultanément

Le défi devient plus grave car la chaleur ne reste pas confinée à un seul département municipal. Les opérateurs de transports peuvent faire face à la dilatation des rails, à des restrictions sur les voies ou à des pannes des systèmes de climatisation. Les réseaux électriques connaissent une demande accrue à mesure que les bâtiments augmentent leur utilisation de la climatisation. La consommation d'eau augmente. Les services d'urgence reçoivent plus d'appels. Les espaces publics deviennent moins utilisables pendant les heures les plus chaudes. Ces effets interagissent.

Si les navetteurs abandonnent la marche et le vélo pour des voitures climatisées, le trafic routier peut augmenter. Plus de trafic entraîne une hausse des émissions et de la chaleur locale. Une demande accrue de climatisation exerce une pression supplémentaire sur les réseaux électriques. Les contraintes énergétiques peuvent alors affecter les transports publics, les bâtiments et d'autres services. Les organisations municipales gèrent généralement ces systèmes séparément. Un système d'exploitation de la chaleur chercherait à les appréhender ensemble.

La ville possède déjà une grande partie des données

De nombreuses municipalités n'ont pas besoin de commencer par équiper chaque rue de nouveaux capteurs. Des informations utiles existent souvent déjà. Les systèmes de circulation savent où les véhicules se déplacent et où se forment les embouteillages. Les opérateurs de transports en commun connaissent le volume des passagers et les perturbations de service. Les fournisseurs d'électricité peuvent identifier les variations de la demande. Les systèmes de gestion des bâtiments suivent les températures intérieures et les charges de climatisation. Les services des eaux surveillent la consommation et la pression. L'imagerie satellitaire peut identifier les températures de surface et la couverture végétale. Les bases de données municipales contiennent des informations sur la canopée, les parcs, les écoles, les maisons de retraite et les équipements publics. Les hôpitaux et les services d'urgence peuvent fournir une autre couche d'informations grâce à des schémas de demande agrégés. Le défi technique consiste à rassembler ces sources sans créer une plateforme si complexe que personne ne puisse l'utiliser de manière opérationnelle.

Les cartes thermiques doivent mener à des décisions

Les villes sont devenues de plus en plus performantes dans la production de tableaux de bord. Un tableau de bord à lui seul ne rend pas une ville plus résiliente. La question utile est de savoir quelle action s'ensuit lorsque le système identifie une zone à haut risque.

Une ville pourrait modifier ses programmes de nettoyage et de maintenance afin que les travailleurs en extérieur évidents les périodes les plus chaudes. Les exploitants de transports publics pourraient déployer une capacité supplémentaire sur les lignes où les gens sont susceptibles d'éviter de marcher. Les autorités pourraient prolonger les heures d'ouverture des bibliothèques ou des centres communautaires qui servent d'espaces de fraîcheur.

Les systèmes de gestion du trafic pourraient réduire la congestion autour des quartiers particulièrement chauds. Les services des parcs pourraient donner la priorité à l'irrigation dans les zones nouvellement plantées. Les services d'urgence pourraient positionner leurs ressources en fonction de la demande prévue. La signalisation numérique et les applications mobiles pourraient orienter les résidents vers des itinéraires ombragés, des points d'eau ou des équipements publics climatisés.

Chaque mesure existe déjà individuellement dans certaines villes. L'opportunité réside dans leur coordination autour d'une même vision opérationnelle.

Les bâtiments appartiennent au système

La gestion de la chaleur urbaine se concentre souvent sur l'espace public, alors même que les bâtiments déterminent une grande part de la réponse de la ville. Des bâtiments aux performances médiocres peuvent surchauffer rapidement et exiger d'importants besoins en climatisation mécanique. Les bureaux et les centres commerciaux peuvent faire grimper la demande d'électricité au moment même où les usagers résidentiels augmentent leur propre consommation. Les compteurs intelligents et les systèmes de gestion des bâtiments peuvent aider les villes à appréhender ces tendances de manière globale. Ces informations pourraient soutenir des programmes de réponse à la demande visant à réduire ou à décaler la consommation d'électricité pendant les périodes critiques. Les bâtiments commerciaux pourraient procéder à un pré-refroidissement avant le pic de demande. Les biens municipaux pourraient ajuster les consignes de température de manière dynamique. Le stockage par batterie pourrait subvenir aux charges locales lorsque le réseau subit des tensions. Aucune de ces interventions ne nécessite une ville futuriste. Elles requièrent des systèmes capables d'échanger des informations.

Les arbres deviennent des données d'infrastructure

De plus en plus, les villes considèrent le couvert arboré et la végétation comme des infrastructures climatiques. Les outils numériques peuvent rendre la gestion de ces infrastructures plus facile. Une base de données sur les arbres peut enregistrer l'espèce, l'âge, l'état et l'emplacement. L'imagerie satellitaire peut montrer où le couvert s'étend ou disparaît. Les données de température peuvent identifier l'effet de fraîcheur autour des parcs et des rues bordées d'arbres. Ces informations permettent aux urbanistes d'aller au-delà des objectifs génériques de plantation d'arbres. Une ville peut identifier les rues où une ombre supplémentaire réduirait l'exposition des piétons, les arrêts de transports en commun qui nécessitent une protection et les quartiers où les habitants ont peu accès à des espaces publics plus frais.

Les investissements pourront alors répondre à des besoins mesurés plutôt qu'à des impressions visuelles. La même approche peut aider les villes à évaluer si les interventions portent leurs fruits plusieurs années plus tard.

La confidentialité et la gouvernance comptent toujours

Une plate-forme de réponse à la chaleur n'a pas besoin de devenir une plate-forme de surveillance. Une grande partie des informations pertinentes peut fonctionner à un niveau agrégé. Les villes ont besoin de volumes de trafic plutôt que de l'identité des conducteurs individuels. Elles ont besoin de modèles de demande d'électricité plutôt que du comportement au niveau des ménages. Les informations de santé publique peuvent indiquer la pression géographique sans exposer les dossiers médicaux individuels. Une gouvernance claire devient essentielle lorsque les municipalités combinent des ensembles de données initialement collectés à des fins différentes.

Les responsables doivent définir qui peut accéder aux informations, combien de temps elles restent stockées et quelles décisions peuvent être automatisées. La sophistication de la technologie ne supprime pas la nécessité d'une discipline institutionnelle.

La résilience devient opérationnelle

Les discussions sur l'adaptation au climat se concentrent souvent sur des projets d'infrastructure qui prennent des années à concevoir et à construire : des rues plus vertes, une meilleure isolation, de nouveaux parcs, le refroidissement urbain et des espaces publics redessinés.

Les villes ont besoin de ces investissements. Elles doivent également gérer la prochaine canicule avec l'infrastructure qu'elles possèdent déjà. Les systèmes numériques peuvent aider à relier ces deux horizons temporels. Les données opérationnelles montrent où se manifeste la pression actuelle. Des schémas répétés peuvent ensuite guider les investissements à plus long terme. Si le même quartier surchauffe chaque été, la ville obtient des preuves pour la plantation d'arbres, la réconception des surfaces, la rénovation de bâtiments ou de nouveaux équipements publics. Une ville intelligente ne devrait pas se contenter de produire davantage d'informations sur les problèmes urbains.

Il devrait permettre aux autorités de réagir plus tôt, de coordonner les systèmes plus efficacement et de tirer des leçons de chaque épisode. La chaleur offre l'une des occasions les plus évidentes de tester si la technologie peut tenir cette promesse.