Plateformes d'IA urbaines

Pourquoi les villes installent des capteurs moins chers… et apprennent à ne pas s'y fier aveuglément

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Une ville peut connaître la température enregistrée à son aéroport au dixième de degré près et n'avoir pourtant qu'une vague idée de la chaleur que peut atteindre la chaussée devant une école primaire.

Traditionnel suivi Ces réseaux ont été conçus pour fournir des mesures fiables et comparables sur de longues périodes. Leurs instruments sont soigneusement étalonnés, installés selon des normes strictes et entretenus par des spécialistes. Les données ainsi obtenues sont donc adaptées aux prévisions météorologiques, au respect des obligations légales et à la recherche scientifique. Cela rend toutefois une couverture dense particulièrement coûteuse.

Quelques chaînes professionnelles peuvent décrire les conditions météorologiques dans l'ensemble d'une région. Elles ne peuvent toutefois pas rendre compte de chaque cour surchauffée, de chaque carrefour pollué ou de chaque passage souterrain inondable au sein d'une ville.

Les communes réagissent en installant des capteurs nettement moins coûteux. Des appareils compacts permettent désormais de mesurer la température, l’humidité, les particules en suspension, le bruit, l’humidité du sol, les flux de circulation et les niveaux d’eau, pour un coût bien inférieur à celui des équipements de référence. Des centaines de capteurs peuvent ainsi être répartis dans des quartiers qui, auparavant, ne faisaient l’objet d’aucune surveillance directe.

Il en résulte une proposition intéressante pour les municipalités : davantage de données, collectées plus fréquemment et à une échelle géographique bien plus fine. Mais cela met également en lumière une réalité moins réjouissante. Les capteurs bon marché ne constituent pas simplement une version moins coûteuse des mesures conventionnelles. Ils fournissent une autre catégorie de données, présentant des faiblesses différentes et nécessitant une interprétation plus rigoureuse.

Le réseau de capteurs urbains le plus utile pourrait donc être celui qui reconnaît le caractère incertain de ses mesures.

Le site officiel n'a jamais été conçu pour répertorier toutes les rues

Les réseaux de surveillance professionnels restent indispensables. Le système national suisse de surveillance de la pollution atmosphérique, par exemple, mesure les principaux polluants sur un nombre limité de sites soigneusement sélectionnés, représentatifs de différentes conditions, notamment des rues en milieu urbain, des zones résidentielles et des zones rurales. MétéoSuisse exploite un réseau bien plus vaste de stations météorologiques automatiques équipées d’instruments de haute précision et soumises à des contrôles de qualité rigoureux.

Ces systèmes constituent la référence à partir de laquelle il est possible de mesurer les changements environnementaux. Leur cohérence est essentielle, car les pouvoirs publics s'appuient sur ces résultats pour évaluer les limites légales, suivre les tendances à long terme et comparer une période à une autre.

Ces mêmes normes imposent des restrictions quant à l'emplacement des stations.

Une station météorologique destinée à fournir des relevés de température comparables à l'échelle internationale doit généralement être installée dans un environnement dégagé et soigneusement défini. Elle ne doit pas être placée à côté d'une façade sombre, sous la sortie d'un système de climatisation ou au cœur d'un canyon urbain étroit. Or, ce sont précisément ces endroits-là où l'on ressent le plus la chaleur urbaine.

MeteoSuisse n'exploite pas de stations météorologiques classiques dans de nombreuses zones urbaines densément peuplées, car ces sites ne répondent pas aux normes internationales en matière de mesure. Les réseaux municipaux, cantonaux et universitaires doivent donc combler cette lacune lorsque les urbanistes souhaitent appréhender les conditions météorologiques à l'échelle des quartiers.

Il en résulte deux formes d'observation légitimes mais distinctes. Une station de référence indique à une ville quelles sont les conditions météorologiques dans des conditions de mesure contrôlées. Un capteur installé au niveau de la rue peut quant à lui révéler comment ces conditions météorologiques sont modifiées par les bâtiments, la circulation, l'ombre et la végétation.

Cet appareil, moins coûteux, ne remplace pas la station officielle. Il permet à la ville de se poser une autre question.

Les villes ont davantage besoin de tendances que de mesures parfaites

Un urbaniste qui doit décider où planter des arbres n'a peut-être pas besoin d'une mesure de température précise jusqu'à la dernière décimale. Il peut être plus utile de savoir qu'une rue reste systématiquement plus chaude qu'une autre en soirée, ou qu'un lotissement se refroidit beaucoup plus lentement qu'un parc voisin.

Les réseaux à bas coût permettent notamment de mettre en évidence ces différences spatiales.

Une ville peut installer des capteurs à proximité des écoles, des maisons de retraite, des arrêts de tramway et des places publiques. Les mesures de température effectuées tout au long de la journée permettent de mettre en évidence les zones où la chaleur s'accumule et celles où le refroidissement nocturne est insuffisant. Les capteurs de qualité de l'air permettent d'identifier les schémas de pollution récurrents à proximité des axes routiers très fréquentés. Les dispositifs de mesure du niveau d'eau permettent de détecter des variations rapides dans les canaux de drainage ou les passages souterrains avant même qu'une inspection classique ne soit effectuée.

Un instrument coûteux permet d'obtenir des résultats fiables en un seul endroit. Un réseau d'instruments peu coûteux assure une couverture étendue.

Ce compromis est souvent raisonnable, car les décisions urbaines reposent sur des tendances relatives. Une collectivité locale peut souhaiter classer les rues en fonction de leur exposition à la chaleur, identifier les sites méritant une analyse plus approfondie ou comparer les conditions avant et après un réaménagement. Le réseau peut ainsi servir de système d'alerte précoce et de diagnostic plutôt que de faire office d'autorité juridique définitive.

Le danger commence lorsque la ville oublie quel type de preuves elle a recueillies.

Un tableau de bord en couleur peut donner l'impression que des données provisoires sont définitives. Une fois les mesures représentées sous forme de carte, les différences entre les quartiers semblent plus précises, alors même qu'elles peuvent en partie s'expliquer par l'emplacement des capteurs, les biais des équipements ou des données manquantes.

Le fait d'avoir davantage de points sur une carte ne se traduit pas automatiquement par davantage de connaissances.

Un capteur mesure son environnement autant que la ville elle-même

Les appareils bon marché sont très sensibles à l'emplacement et aux conditions dans lesquelles ils sont installés.

Un capteur de température fixé à un poteau métallique exposé au soleil peut enregistrer la chaleur absorbée par la surface sur laquelle il est monté plutôt que celle de l'air ambiant. Un autre, placé sous une végétation dense, peut rester plus frais que la chaussée située à seulement quelques mètres de là. Un appareil situé près d'une fenêtre ouverte, d'un système de ventilation ou d'un véhicule en stationnement peut fournir des mesures influencées par une source très locale.

La hauteur a également son importance. Les conditions au niveau du sol diffèrent de celles observées à la hauteur à laquelle les stations officielles effectuent généralement leurs mesures. Cela peut s'avérer utile lorsque l'objectif est de comprendre l'exposition d'un enfant, d'un piéton ou de la façade d'un bâtiment. En revanche, cela peut induire en erreur lorsque la mesure est comparée directement à celle d'une station météorologique classique.

Les capteurs de qualité de l'air compliquent encore davantage la situation. L'humidité peut fausser les mesures des appareils optiques de détection des particules, car l'eau modifie la taille apparente des particules en suspension dans l'air. Certains capteurs de gaz réagissent à des substances autres que le polluant qu'ils sont censés mesurer. Les composants vieillissent, s'encrassent et s'écartent progressivement de leur étalonnage d'origine.

Deux appareils apparemment identiques peuvent donc donner des valeurs différentes au même endroit.

Cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont inutiles. Cela signifie simplement que l’achat ne représente que le début du travail. Une ville qui achète 500 capteurs se retrouve également confrontée à 500 décisions d’installation, à des obligations de maintenance et à des sources potentielles d’erreurs de mesure.

Plus le matériel devient bon marché, plus il est facile de sous-estimer le coût nécessaire pour garantir la fiabilité des données qu'il génère.

L'étalonnage n'est pas une opération que l'on effectue une fois pour toutes

Un capteur sort généralement de l'usine avec un étalonnage général. Les environnements urbains ressemblent rarement aux conditions de laboratoire, et la relation entre le signal du capteur et la grandeur réelle peut évoluer après l'installation.

L'approche la plus fiable est celle de la colocalisation. Des appareils peu coûteux sont placés temporairement à côté d'une station de référence afin de pouvoir comparer leurs mesures. Des modèles de correction statistique sont ensuite élaborés pour tenir compte des surestimations ou sous-estimations systématiques, ainsi que des effets de l'humidité, de la température ou d'autres variables.

Une correction effectuée à un endroit donné peut ne pas donner les mêmes résultats ailleurs. Un modèle entraîné en hiver peut afficher de mauvaises performances lors d'un été caniculaire. Un appareil étalonné au bord d'une rue très fréquentée peut réagir différemment dans un quartier résidentiel où la composition des polluants est différente.

Les capteurs sont également sujets à la dérive. Un réseau qui fonctionne bien au cours de son premier mois peut voir sa précision diminuer après un an d'exposition aux intempéries, à la saleté et au vieillissement des composants.

L'étalonnage doit donc être considéré comme un processus continu. Certains appareils doivent être renvoyés périodiquement vers un site de référence. D'autres peuvent être vérifiés par rapport à des capteurs voisins ou évalués à l'aide d'algorithmes détectant les variations peu plausibles. Les réseaux peuvent attribuer des scores de confiance en fonction de la stabilité, de la concordance avec les appareils environnants et de l'historique récent des étalonnages.

La complexité du système de correction pourrait finir par dépasser celle du capteur lui-même.

Des travaux menés à Zurich ont porté sur des méthodes d'étalonnage dynamiques qui évaluent chaque capteur de particules fines en fonction de sa précision, de sa stabilité, de sa réactivité et de sa concordance avec le réseau environnant. Cela reflète une évolution plus générale dans le domaine de la surveillance urbaine. Les villes ne se contentent plus de demander ce qu'un capteur a mesuré. Elles s'interrogent également sur le degré de fiabilité que l'on peut accorder à cette mesure particulière à ce moment précis.

Un simple chiffre est remplacé par un chiffre accompagné d'une appréciation quant à sa fiabilité.

Un réseau dense peut répéter la même erreur des centaines de fois

Les grands réseaux de capteurs semblent résilients car ils comptent de nombreux appareils. Le nombre ne suffit toutefois pas à pallier un défaut commun.

Une ville peut acheter un seul modèle de capteur, l'installer selon un seul cahier des charges et traiter toutes les mesures à l'aide d'un seul algorithme. Si ce capteur réagit de manière erronée à un taux d'humidité élevé, le problème peut affecter l'ensemble du réseau simultanément. Des centaines de mesures peuvent alors sembler cohérentes entre elles, car elles sont toutes erronées de la même manière.

C'est là toute la différence entre la précision et l'exactitude. Un réseau peut produire des données très cohérentes sans pour autant mesurer correctement la situation sous-jacente.

Le même problème se pose au niveau de l'implantation. Les capteurs sont souvent installés là où les villes disposent déjà d'un accès à l'électricité, à une connexion Internet ou à des biens municipaux. Les lampadaires, les bâtiments publics et les infrastructures de transport constituent des emplacements de choix. Le réseau ainsi créé peut offrir une couverture impressionnante, mais il omet systématiquement les cours privées, les lieux de rassemblement informels ou les quartiers dotés d'infrastructures municipales moins développées.

La densité des données peut donc masquer des disparités sociales et géographiques.

Une carte établie à partir de stations météorologiques gérées par des particuliers présente un autre type de biais. Les foyers qui achètent des appareils connectés ne sont pas répartis de manière homogène dans la ville. Certains quartiers peuvent fournir des dizaines de mesures, tandis que d’autres restent pratiquement invisibles. Les appareils peuvent également être placés en fonction des besoins des foyers plutôt que selon un plan d’échantillonnage scientifique.

Les villes doivent comprendre non seulement ce que recouvre ce réseau, mais aussi qui il ne représente pas et dans quels domaines.

La décision envisagée devrait déterminer le niveau de précision requis

Toutes les décisions municipales n'exigent pas le même niveau de preuve.

Un réseau de mesure de la température peu coûteux peut suffire à identifier les quartiers concernés par un programme d'atténuation de la chaleur. Il peut toutefois s'avérer inadapté pour déterminer si un entrepreneur a respecté un seuil environnemental juridiquement contraignant. Un capteur de bruit peut alerter les autorités en cas de nuisances récurrentes sans pour autant fournir les preuves certifiées nécessaires à l'ouverture d'une procédure coercitive.

Il convient d'établir cette distinction avant le déploiement.

Souvent, les villes partent de la technologie : un fournisseur propose une plateforme, un programme de financement soutient la mise en place d’infrastructures intelligentes ou un service souhaite tester un nouveau capteur. Ce n’est qu’ensuite que les responsables décident de l’utilisation qui pourrait être faite des données collectées. Cela va à l’encontre de la logique normale.

La première question doit porter sur l'objectif visé. Le réseau a-t-il pour but d'identifier des tendances, de déclencher des inspections, d'émettre des alertes publiques, d'évaluer des investissements ou de faire respecter la réglementation ? Chaque objectif implique des exigences différentes en matière de précision, de disponibilité, d'étalonnage et de documentation.

La surveillance exploratoire peut tolérer une plus grande incertitude. Le réseau peut être conçu pour repérer les anomalies méritant d'être examinées à l'aide d'équipements professionnels. Les systèmes opérationnels exigent des garanties plus solides, car une erreur peut entraîner une intervention coûteuse ou empêcher la détection d'un danger réel.

Les décisions d'ordre juridique et sanitaire exigent le plus haut niveau d'exigence. Une ville ne devrait pas autoriser un capteur bon marché à acquérir une autorité réglementaire simplement parce que son tableau de bord semble convaincant.

La comparaison pertinente ne porte pas sur les appareils bon marché et les appareils coûteux. Elle porte sur la qualité des éléments de preuve et les conséquences d'une décision erronée.

Les tableaux de bord publics peuvent donner une image exagérée de ce que sait la ville

La publication des données issues des capteurs peut renforcer la transparence. Les habitants peuvent ainsi prendre connaissance des conditions de chaleur, de la pollution atmosphérique ou des niveaux de bruit dans leur propre quartier, plutôt que de se fier à une moyenne à l'échelle de la ville. Les associations locales peuvent identifier les problèmes locaux et contester les décisions d'urbanisme en s'appuyant sur des données plus précises.

Cette même transparence peut donner lieu à une fausse certitude.

Une carte en temps réel ne révèle que rarement toutes les incertitudes qui se cachent derrière la couleur attribuée à une rue. Elle n'indique pas nécessairement quand un appareil a été étalonné pour la dernière fois, si les mesures sont provisoires ou dans quelle mesure l'humidité a influencé les résultats. Les utilisateurs voient une zone rouge et en déduisent logiquement que la différence par rapport à une zone orange est significative.

Les villes doivent concevoir leurs tableaux de bord avec le même soin que celui qu’elles apportent à leur infrastructure de collecte de données. Les mesures doivent être étiquetées en fonction de leur statut. Les intervalles de confiance, les données manquantes et les défaillances présumées des appareils doivent rester visibles et ne pas être masqués. Une mesure préliminaire à faible coût ne doit pas être présentée selon le même langage visuel qu’une mesure officielle vérifiée.

Il ne s'agit pas seulement d'une question technique. Une ville risque de nuire à la confiance du public lorsque ses habitants sont encouragés à agir sur la base de données que les responsables jugent par la suite insuffisamment fiables.

L'inverse pose tout autant de problèmes. Les autorités ne devraient pas inviter les citoyens à participer à la surveillance pour ensuite ignorer les résultats gênants sous prétexte que le matériel utilisé est peu coûteux. Des données obtenues à moindre coût ne constituent peut-être pas en soi une infraction à la réglementation, mais elles peuvent fournir des motifs crédibles justifiant une enquête plus approfondie.

La transparence impose à la ville d'expliquer ce que le réseau est en mesure de mettre en place et où s'arrêtent ses connaissances.

La maintenance est souvent négligée dans les plans d'approvisionnement

Les avantages économiques initiaux des capteurs à bas coût sont indéniables. Une collectivité locale peut déployer un nombre bien plus important d'appareils avec le budget nécessaire à l'installation d'une seule station professionnelle.

La comparaison s'avère moins favorable lorsque l'on prend en compte l'ensemble du système d'exploitation.

Les appareils ont besoin d'alimentation, de connectivité, d'une protection contre les intempéries et d'une fixation sûre. Les batteries doivent être remplacées. Les communications peuvent être interrompues. Le micrologiciel doit être mis à jour. Les capteurs peuvent disparaître, être endommagés ou enregistrer des valeurs invraisemblables. Les métadonnées relatives à l'emplacement, à l'altitude, aux surfaces environnantes et à l'historique de maintenance doivent rester exactes.

L'infrastructure de données engendre des coûts supplémentaires. Les mesures doivent être transmises, stockées, nettoyées et documentées. Des algorithmes doivent identifier les lacunes et les anomalies. Quelqu'un doit déterminer si un changement soudain est dû à un événement environnemental ou à une panne d'appareil.

Les réseaux engendrent également des dépendances organisationnelles. Un fournisseur peut contrôler la plateforme, le modèle d'étalonnage et le format des données. Le remplacement du matériel peut s'avérer difficile si les données historiques ne peuvent pas être transférées ou si les méthodes de correction sont propriétaires. Un capteur bon marché peut donc entraîner une forme coûteuse de dépendance vis-à-vis d'un fournisseur.

Les communes devraient évaluer le coût d'un système de mesure fiable sur plusieurs années, et non le prix d'achat de l'appareil. Un réseau qui se détériore progressivement sans que personne ne s'en aperçoive est pire qu'un système plus modeste dont on connaît les limites.

Le véritable atout, ce n'est pas le capteur. C'est la chaîne, maintenue intacte, qui relie la mesure physique à une décision justifiable.

La Suisse entame la normalisation des nouveaux réseaux urbains

Les villes suisses offrent un aperçu intéressant de cette transition, car le pays combine des systèmes nationaux de suivi bien établis à une demande croissante des communes en matière d'informations climatiques au niveau des quartiers.

La chaleur urbaine est particulièrement difficile à mesurer à l'aide de stations conventionnelles. Les surfaces bâties emmagasinent de l'énergie pendant la journée et la restituent lentement la nuit, ce qui entraîne d'importantes différences entre les quartiers densément peuplés et les zones environnantes. Les « canyons urbains » et les lieux peu végétalisés peuvent atteindre des températures nettement plus élevées que les espaces ouverts situés à proximité.

Les réseaux municipaux et universitaires ont ainsi élargi la couverture de la surveillance des températures urbaines. Des appareils météorologiques abordables et des stations citoyennes peuvent fournir suffisamment d'observations pour établir des cartes thermiques plus détaillées que celles issues du seul réseau officiel.

La réponse nationale consiste à ne pas considérer ces mesures comme équivalentes à celles des stations professionnelles. Une initiative suisse en cours élabore actuellement des lignes directrices sur les meilleures pratiques pour les réseaux climatiques urbains à faible coût, couvrant l’installation, les caractéristiques des capteurs, les métadonnées, le contrôle qualité et les formats de données. L’accent mis sur des normes communes met en évidence le stade atteint par le secteur : les villes ont démontré que des réseaux peu coûteux peuvent être utiles, mais la comparabilité ne peut plus être considérée comme acquise.

La normalisation est nécessaire, car sans elle, chaque commune risquerait de mettre en place un système propre qui ne permettrait pas de comparer les résultats avec ceux d'une autre ville, ni même avec ceux de son propre réseau futur. Le remplacement d'un capteur, une mise à jour logicielle ou un changement dans les méthodes d'installation peuvent rompre la continuité des séries de données.

Des lignes directrices communes ne suffiront pas à éliminer l'incertitude. Elles peuvent toutefois permettre de l'identifier, de la documenter et de la gérer.

Les capteurs bon marché sont particulièrement utiles lorsqu'ils sont associés à des capteurs haut de gamme

Le système de surveillance urbaine le plus performant ne consiste pas à choisir entre des réseaux denses et peu coûteux et des stations professionnelles peu nombreuses. Il les combine.

Les instruments de référence garantissent la précision, la continuité et constituent un point de repère pour l'étalonnage. Les capteurs peu coûteux offrent une résolution spatiale et permettent d'observer des environnements que les normes officielles évitent délibérément. Les mesures mobiles, les données satellitaires et les modèles statistiques peuvent apporter des informations supplémentaires.

Chaque élément compense une faiblesse d'un autre.

Un réseau peu coûteux peut indiquer à la ville où installer un instrument de référence temporaire. La station de référence permet de vérifier l'authenticité du profil et d'améliorer l'étalonnage des appareils situés à proximité. Des modèles permettent ensuite d'étendre les observations à des zones où aucun capteur n'est installé.

Cette approche par paliers est plus crédible que de compter sur une seule technologie pour remplir toutes les fonctions. Elle permet également aux villes d'allouer leurs budgets en fonction des risques. Les sites critiques peuvent ainsi être équipés d'instruments professionnels, tandis que le dépistage à plus grande échelle est assuré par des appareils peu coûteux.

Les réseaux de capteurs devraient être évalués à l'aune des décisions qu'ils permettent d'améliorer plutôt qu'en fonction du nombre d'appareils installés. Une ville ne devient pas plus intelligente simplement parce que des milliers d'objets sont connectés à Internet. Elle est mieux informée lorsque ces objets révèlent des informations utiles que le système existant ne pouvait pas détecter.

La confiance doit être construite, et non pas considérée comme acquise.

Les capteurs à bas coût ont permis de cartographier des zones de la ville qui étaient auparavant difficiles à évaluer. Ils permettent de mettre en évidence les variations des conditions environnementales d'un pâté de maisons à l'autre, de repérer les domaines où les investissements publics ne donnent pas les résultats escomptés et de donner aux habitants accès à des informations qui, auparavant, étaient presque exclusivement réservées aux organismes spécialisés.

Leur faiblesse ne réside pas dans leur faible coût, mais dans le fait que leur simplicité apparente masque un processus complexe de calibrage, d'entretien et d'interprétation.

Une ville qui prend conscience de ces limites peut utiliser des capteurs peu coûteux en toute confiance. Elle est capable de distinguer une tendance d'une mesure vérifiée, de croiser des données provisoires avec une analyse professionnelle et de publier ses résultats sans en exagérer le degré de certitude.

Une ville qui ne tient pas compte des limites peut aboutir à une carte sophistiquée des erreurs de mesure.

Une approche mûre de la « ville intelligente » ne se résume donc ni à l’enthousiasme ni à la méfiance. Il s’agit d’une confiance conditionnelle : une confiance étayée par des stations de référence, des métadonnées, des historiques d’étalonnage, des estimations d’incertitude et une définition claire de ce que chaque mesure est autorisée à déterminer.

Grâce à des capteurs peu coûteux, les villes peuvent recueillir davantage d'informations. Savoir quand ne pas se fier à ces données pourrait s'avérer tout aussi utile.